VOLTAIRE

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La vie de Voltaire recouvre tout un siĂšcle, ou peu s’en faut: mieux, l’écrivain se confond avec son temps au point qu’on a parlĂ© dĂšs son vivant du siĂšcle de Voltaire . Plus encore, il semble incarner l’esprit mĂȘme de la France. À quoi tient cette assimilation, quasi unique dans les lettres françaises ? À l’abondance de son Ɠuvre? Il a Ă©crit dans tous les genres jusqu’au dernier souffle; mais, exceptĂ© les Contes , l’affaire Calas et la Correspondance (en extraits), que lit-on, que sait-on encore de Voltaire? Le reste appartient aux spĂ©cialistes,voire Ă  ces maniaques d’une Ă©rudition stĂ©rile dont il se moquait si bien. Gloire internationale et rĂ©trĂ©cie que la postĂ©ritĂ© a rĂ©duite au jardin de Candide. Gloire paradoxale peu conforme Ă  celle qu’il espĂ©rait: poĂ©sie de Voltaire, thĂ©Ăątre de Voltaire, placements sĂ»rs Ă  ses yeux comme Ă  ceux de ses contemporains, qu’ĂȘtes-vous devenus? «Le superflu, chose trĂšs nĂ©cessaire», raillait-il: l’avenir l’a pris au mot. Dans le monument qu’il a laissĂ©, c’est l’accessoire qui a survĂ©cu. Gloire dĂ©concertante; car, enfin, Ă  la diffĂ©rence de Diderot ou de Rousseau, Voltaire n’a rien inventĂ©, surtout pas un systĂšme de pensĂ©e, lui qui dĂ©testait les faiseurs de systĂšmes, pas mĂȘme un genre littĂ©raire. Sa poĂ©tique est morte et bien morte, balayĂ©e par le vent des modernismes. Les valeurs auxquelles il s’agrippait de tout son ĂȘtre tout en feignant de les combattre ne sont-elles pas celles sur lesquelles reposait l’Ancien RĂ©gime et que l’histoire allait renverser? Que reste-t-il donc de lui et pourquoi reste-t-il? Le besoin de connaĂźtre, de comprendre et d’expliquer, un talent exceptionnel de clarification, la «passion de penser tout haut», une soif ardente de justice et de vĂ©ritĂ©, un zĂšle inĂ©puisable au service de ses convictions, quitte Ă  rĂ©pĂ©ter mille fois les mĂȘmes idĂ©es, suffisent-ils Ă  dĂ©finir la supĂ©rioritĂ© du gĂ©nie? Voltaire aurait-il rĂ©gnĂ© comme il l’a fait s’il n’avait eu le don supplĂ©mentaire de capter l’opinion (eĂ»t-il tort ou raison) par le tour plaisant qu’il imprimait Ă  sa pensĂ©e, au risque de passer pour un Ă©crivain superficiel, et par un influx dont il avait seul le partage? Jean-Jacques mis Ă  part, il a exterminĂ© tous ses adversaires. Gloire offensive, par consĂ©quent, mais gloire rassurante, celle d’un ĂȘtre qui n’a cessĂ© de donner le change sur sa vraie nature et de vivre en opposition avec lui-mĂȘme: associant dans un mĂȘme Ă©lan conservatisme et contestation, Ă  l’image du peuple français qui a d’excellentes raisons de se reconnaĂźtre en lui.

Ce «mystique inhibé»

G. Desnoiresterres a racontĂ© la vie de Voltaire (rĂ©sumĂ©e par R. Pomeau) en huit volumes plus que centenaires, dĂ©passĂ©s mais non remplacĂ©s. Le personnage offre des contrastes permanents. FavorisĂ© par le destin qui le fait naĂźtre au cƓur de Paris (ou peut-ĂȘtre Ă  ChĂątenay), dans un milieu aisĂ© et riche de relations, François Marie Arouet manifeste d’emblĂ©e une fragilitĂ© dont il tirera parti pendant quatre-vingt-quatre ans, toujours mourant et ressuscitant, et en tout domaine passant d’un extrĂȘme Ă  l’autre. Ce n’est pas duplicitĂ© de sa part, c’est le rythme naturel de son tempĂ©rament cyclothymique. Dernier de cinq enfants dont deux disparurent en bas Ăąge, orphelin de mĂšre Ă  sept ans, il souffrit, semble-t-il, dans sa famille d’un isolement et d’une frustration de tendresse qui le marquĂšrent Ă  jamais. Il dut Ă©galement Ă©prouver trĂšs tĂŽt le sentiment d’un retard Ă  rattraper: d’oĂč ce besoin effrĂ©nĂ© de se classer le premier Ă  la face de la terre en Ă©liminant toute espĂšce de concurrence autour de lui, et de se faire remarquer par des incartades rĂ©pĂ©tĂ©es. Arouet L.I. (le jeune) est devenu (par anagramme) Voltaire : maniĂšre de se singulariser tout en soulignant son infĂ©rioritĂ© natale. Il devait s’inventer par la suite une plĂ©thore d’identitĂ©s postiches. Une tendance obstinĂ©e Ă  se fuir, la constante recherche d’appuis extĂ©rieurs (les femmes, les grands, notamment le rĂ©gent ou FrĂ©dĂ©ric II), la difficultĂ© Ă  se fixer (il ne fonde pas de foyer et attend d’avoir franchi le cap de la soixantaine pour ne plus habiter chez les autres) signalent une Ă©vidente immaturitĂ© affective, une insĂ©curitĂ© maladive, une incapacitĂ© congĂ©nitale Ă  ĂȘtre soi au sens oĂč Montaigne et Jean-Jacques l’entendaient. Il allait mĂȘme jusqu’à se croire bĂątard. Incarnation de l’Anti-Narcisse, Voltaire se dĂ©sintĂ©resse totalement de son moi : Candide n’a rien Ă  envier sur le plan matĂ©riel; ce qui fait sa misĂšre, c’est qu’il ne peut subsister sans l’aide morale d’autrui. Mais cette quĂȘte pathĂ©tique bute sur des obstacles rĂ©pĂ©tĂ©s dont l’intĂ©ressĂ© est le premier responsable: Voltaire a le don de se rendre insupportable partout oĂč il passe. Il a endurĂ© dans sa longue vie un bon nombre d’avanies retentissantes (la bastonnade du chevalier de Rohan et l’humiliation de Francfort sont les plus cĂ©lĂšbres): les torts n’étaient jamais entiĂšrement contre lui.

Émile Faguet l’appelait «un chaos d’idĂ©es claires»: formule contestĂ©e Ă  juste titre. Il fut plus sĂ»rement un nƓud de tendances contrariĂ©es. «Mystique inhibé», selon les termes de R. Pomeau, courtisan déçu, poĂšte rentrĂ©, cƓur frustrĂ©, cet Ă©corchĂ© vif a trouvĂ© le moyen de se faire prendre pour un insensible par excĂšs de sensibilitĂ©, mais d’une sensibilitĂ© toute «primaire» et trĂšs proche de l’impĂ©tuositĂ©. Dans sa sexualitĂ©, l’inceste exerce une sorte de barrage: la femme est plus ou moins pour lui une mĂšre protectrice (Mme de Rupelmonde), une sƓur (Mme du ChĂątelet), une fille (Mme Denis), une complice ou une compagne, jamais l’épouse et rarement l’amante. Si ses maĂźtresses le trompent, il entre en furie et, l’instant d’aprĂšs, badine: ressentirait-il le cocuage comme une libĂ©ration? Cet ennemi des convulsionnaires avait de rĂ©elles convulsions. «Mon Dieu, qu’il est bĂȘte, lui qui a tant d’esprit !», s’écriait Mme de Graffigny. Avec une intelligence supĂ©rieure, Voltaire accumulait bĂ©vues, maladresses, mesquineries insignes. D’un hĂ©ritage mĂ©diocre il a su faire une fortune immense: gĂ©nĂ©reux dans les grandes circonstances, il se montrait ladre dans les petites. Il ne lui fallut pas moins de soixante ans pour atteindre la sagesse: car il y avait en lui un fonds d’ingĂ©nuitĂ© candide, une Ăąme disposĂ©e Ă  croire au meilleur des mondes, Ă  la bonne foi des gens, Ă  l’infaillibilitĂ© des vĂ©ritĂ©s qu’on lui avait enseignĂ©es, et prise perpĂ©tuellement au dĂ©pourvu par le dĂ©menti des Ă©vĂ©nements, quitte Ă  se dĂ©fendre par des sarcasmes contre l’injustice du sort pour mieux dissimuler sa dĂ©convenue et se punir de sa faiblesse. Tel fut Voltaire, orphelin prolongĂ©, tels furent ses hĂ©ros de roman.

Un Ă©crivain tout ensemble classique et moderne

Avec le recul du temps, la carriĂšre de Voltaire donne l’impression d’une rĂ©ussite incomparable. La rĂ©alitĂ© fut tout autre. Aux difficultĂ©s de la condition d’auteur au XVIIIe siĂšcle Arouet le fils ajoutait les risques occasionnĂ©s par son impertinence. Dans le systĂšme trĂšs coercitif de la monarchie absolue, l’auteur d’ƒdipe et des Lettres philosophiques incarne d’abord une protestation contre les excĂšs et les abus du pouvoir, une aspiration «bourgeoise» (plus que dĂ©mocratique) Ă  la libertĂ© individuelle, celle qui permet d’avoir les opinions de son choix et de dire tout haut ce que l’on pense, du moment qu’on n’attente pas Ă  l’ordre public. Frondeur, mais non rebelle, Voltaire n’a pris la figure d’un prĂ©curseur hardi qu’en raison du retard intellectuel, politique et religieux accusĂ© par la France Ă  la mort de Louis XIV. Homme d’action, son avance est essentiellement d’ordre pratique.

Ce ne fut pas un gĂ©nie prĂ©coce: du moins, chez lui, le gĂ©nie tarda-t-il Ă  s’éveiller au sein d’un talent qui avait gagnĂ© sans peine les hauteurs. Comme Victor Hugo (on l’a souvent remarquĂ©), Voltaire resta longtemps un Ă©lĂšve Ă©minemment douĂ© qui imite ses maĂźtres, et il n’écrivit ses chefs-d’Ɠuvre (l’Essai sur les mƓurs , Candide ) qu’à un Ăąge trĂšs avancĂ©. L’IngĂ©nu (1767: l’auteur avait soixante-treize ans) Ă©tincelle de jeunesse. L’entrĂ©e dans la carriĂšre des lettres mettait ce fils de tabellion en conflit avec les siens (son pĂšre et son frĂšre aĂźnĂ©); Ă  elle seule, elle avait valeur d’affranchissement. Mais le dĂ©butant s’engagea dans les voies les plus traditionnelles de l’art, la tragĂ©die et l’épopĂ©e. Le succĂšs d’ƒdipe (1719) n’avait pas de quoi faire rougir M. Arouet pĂšre; le sujet choisi eĂ»t pu l’inquiĂ©ter, mais Freud n’était pas encore passĂ© par lĂ . Quant Ă  La Henriade (1723), elle vaut surtout par les obsessions qui s’y reflĂštent: crainte envers les religions gĂ©nĂ©ratrices de fanatisme, haine du prĂȘtre, aspiration Ă  un despotisme tolĂ©rant. Car Voltaire ne nie pas le bienfait de l’autoritĂ©, pourvu qu’elle sache respecter le droit des personnes.

Voltaire, qui tenait au jansĂ©nisme par la fibre paternelle et aux milieux libertins par les amis de sa mĂšre, reçut auprĂšs des jĂ©suites le meilleur des enseignements possibles. Les guerres de Religion, c’est un conflit de famille qu’il n’a jamais assumĂ© complĂštement: l’arrivĂ©e de la Saint-BarthĂ©lemy lui donnait la fiĂšvre. Esprit rĂ©ceptif par excellence, il rĂ©percutait tous les rayons que la vie lui adressait: il fut un mondain, mais un mondain tourmentĂ©, beaucoup plus proche de Pascal qu’il ne le croyait, alliant le luxe et l’angoisse comme deux pĂŽles de son ĂȘtre. Des jĂ©suites il eut les qualitĂ©s et les dĂ©fauts: un goĂ»t prĂ©coce pour les affaires du temps, un sens Ă©minent de l’actualitĂ©, une souplesse d’adaptation, de l’entregent, du flair, l’attrait pour les cimes de la sociĂ©tĂ©, des ressources inĂ©puisables de ruse et de mĂ©chancetĂ© dans la controverse, un modernisme intellectuel qu’appuyait sans le contredire un humanisme trĂšs respectueux des traditions.

Voltaire entre en littĂ©rature par la grande porte. Dans l’univers des formes, il n’invente pas, mais toujours «choisit avec discernement la forme littĂ©raire appropriĂ©e» (Pomeau). La littĂ©rature, par le jeu qu’elle impliquait, par la discipline qu’elle imposait, fut un havre de salut pour lui: elle mit l’unitĂ© dans la diversitĂ© de ses humeurs et lui permit de se donner la comĂ©die sous mille postures, en multipliant les dĂ©guisements. Étudier ses Ɠuvres par rubriques ou par genres ne prĂ©sente qu’un intĂ©rĂȘt restreint, Ă  moins de se limiter Ă  des remarques d’ordre technique: il importe davantage d’y repĂ©rer des lignes de force et des points de convergence. La hiĂ©rarchie des styles, les conventions esthĂ©tiques, la distinction de la prose et de la poĂ©sie sont pour lui des vĂ©ritĂ©s de foi, et il s’accommode en littĂ©rature du dogmatisme dont il fait litiĂšre en religion.

Voltaire fut-il pour autant «le dernier des Ă©crivains heureux», selon l’expression de R. Barthes? Il est de ceux pour lesquels le langage qu’ils utilisent ne fait pas problĂšme parce qu’il n’est rien d’autre qu’un outil mis au service de la pensĂ©e. À cet Ă©gard, il est antĂ©rieur au sensualisme des LumiĂšres et l’on ne s’étonne pas de le voir Ă©lever Le Temple du goĂ»t (1733), allĂ©gorie qui va beaucoup plus loin que l’apologue narquois qui en porte le titre. Voltaire se dĂ©fie du gĂ©nie autant que de l’imagination, puissances sauvages et obscures; il exerce l’apostolat du goĂ»t avec une ferveur pointilleuse sans ĂȘtre aveugle pour autant aux beautĂ©s d’un Shakespeare ou d’un Milton (qu’il a contribuĂ© Ă  populariser en France). Il rĂȘve d’épurer tous les livres de leurs imperfections, mĂȘme ceux de Racine et de Boileau, ses dieux. Il y a un Voltaire grammairien, qui ne rougit pas de donner des leçons particuliĂšres de syntaxe et de versification Ă  FrĂ©dĂ©ric II ou de rĂ©diger des Conseils Ă  M. HelvĂ©tius sur la maniĂšre d’écrire une Ă©pĂźtre morale . Toutefois, il ne s’abaisse Ă  composer ni un TraitĂ© de prosodie française ni un Cours de belles -lettres , et cela le distingue des abbĂ©s d’Olivet et Batteux, ou du brave abbĂ© Trublet qui «compilait, compilait, compilait».

Car Voltaire fuit le pĂ©dantisme comme la peste. Dans la querelle des Anciens et des Modernes, entre Mme Dacier et Houdar de La Motte, il n’est Ă  vrai dire ni d’un cĂŽtĂ© ni de l’autre, mais tire habilement son Ă©pingle du jeu en raillant les excĂšs contraires. Il se gausse des ridicules d’HomĂšre et se pose nĂ©anmoins en admirateur des chefs-d’Ɠuvre du passĂ©, sans Ă©pargner pour autant Fontenelle et La Motte, chefs de file des Modernes. À mesure qu’il vieillit, on sent poindre en lui la rĂ©ticence de l’ancien Ă  l’égard des novateurs, si dĂ©nuĂ©s de goĂ»t pour la plupart! Le goĂ»t de Voltaire n’ignore pas cependant que «le beau est souvent trĂšs relatif»: pour un crapaud, la beautĂ©, c’est sa femelle, impression plus sĂ»re que le galimatias des philosophes sur «l’archĂ©type du beau en essence, [le] to kalon ». Comme PococurantĂ©, le patriarche de Ferney a connu la tentation du dĂ©nigrement absolu; il a Ă©prouvĂ© la satiĂ©tĂ© liĂ©e Ă  la possession des biens. L’humaniste sur le penchant eut-il conscience que son siĂšcle le dĂ©bordait?

À bien des Ă©gards, pourtant, cet Ă©crivain toujours heureux d’écrire inaugure un style moderne. La prose portative, enjouĂ©e, sans rien qui pose ou qui pĂšse, a pris naissance avec lui (seul le Pascal des Provinciales l’avait prĂ©cĂ©dĂ©). Voltaire a beaucoup contribuĂ© Ă  rapprocher la littĂ©rature de la vie quotidienne, Ă  la mettre au service de l’évĂ©nement: sa correspondance (dix-huit mille lettres !) en tĂ©moigne. Irasci celer : c’est cette promptitude, ce primesaut de l’esprit qui le rendent inimitable. «Reporter de gĂ©nie» (Pomeau), il est l’ancĂȘtre de tous les journalistes, dans la mesure oĂč le journalisme peut ĂȘtre Ă©levĂ© Ă  la dignitĂ© de genre littĂ©raire. Si le XVIIIe siĂšcle a Ă©tĂ© un Ăąge d’or de la littĂ©rature et de la langue françaises, c’est Ă  Voltaire en grande partie qu’il le doit. AprĂšs lui, tout Français qui sait Ă©crire a suivi son enseignement. Seuls les Ă©crivains malheureux, dont la race pullulera toujours, osent lui chicaner ce titre de gloire.

La pensée critique

Praticien des belles-lettres, Voltaire lutte Ă  armes Ă©gales avec Jean-Baptiste Rousseau dans le haut lyrisme, avec Gresset dans le style gracieux, avec Piron dans l’épigramme, avec Louis Racine dans le didactisme Ă©levĂ©, avec CrĂ©billon dans la tragĂ©die. Certains domaines lui Ă©chappent, ceux oĂč l’originalitĂ© esthĂ©tique est la plus forte et par consĂ©quent la plus dĂ©routante: Marivaux, l’abbĂ© PrĂ©vost lui demeurent Ă©trangers. La satire est sa chasse gardĂ©e. On soutiendrait un beau paradoxe en affirmant que le meilleur Voltaire est celui de la poĂ©sie et du thĂ©Ăątre. Il faut pourtant rappeler, Ă  moins de sacrifier la rĂ©alitĂ© aux idĂ©es reçues, que la qualitĂ© d’une Ɠuvre ne coĂŻncide pas forcĂ©ment avec son importance. Voltaire n’aurait jamais acquis une telle hĂ©gĂ©monie parmi ses contemporains s’ils n’avaient saluĂ© en lui le premier dramaturge et le premier poĂšte du siĂšcle. Ses vers sont de la prose rimĂ©e? Ses tragĂ©dies un centon de rĂ©miniscences et de clichĂ©s? Point de vue Ă  dĂ©passer: «l’expression d’une pensĂ©e qui retentit dans la sensibilitĂ© exige le grand poĂšme en alexandrins», dit fort bien Pomeau. Voltaire revient aux vers chaque fois que les circonstances l’exigent, par exemple pour traduire l’émotion que lui procure le dĂ©sastre de Lisbonne. S’il Ă©crit Le Pauvre Diable en dĂ©casyllabes sĂ©millants, c’est qu’il a ses raisons: au lecteur avisĂ© de les sentir ! J. Van den Heuvel a Ă©tudiĂ© rĂ©cemment Voltaire dans ses Contes (1967): c’est fort bien fait, mais n’est-ce pas aller au plus facile? Qu’attend-on pour rechercher «Voltaire dans son thĂ©Ăątre»? Il a commencĂ© et fini par une tragĂ©die. On ne laisse pas cinquante-deux piĂšces (plus que Corneille et Racine rĂ©unis), on n’est pas soi-mĂȘme acteur, metteur en scĂšne, entrepreneur, directeur, fournisseur attitrĂ© uniquement pour galoper aprĂšs la mode: combien de retentissements profonds seraient Ă  dĂ©tecter dans ces produits pĂ©rimĂ©s!

«Ils n’avaient guĂšre que l’esprit de leur temps, et non cet esprit qui passe Ă  la derniĂšre postĂ©rité», dĂ©clare Voltaire des Ă©crivains de second rang. À quoi donc tient la diffĂ©rence? Paradoxe surprenant: Voltaire avait Ă©minemment l’esprit de son temps et il est passĂ© Ă  la postĂ©ritĂ©. Ses dĂ©tracteurs ont beau jeu de dĂ©noncer la mĂ©diocritĂ© du penseur. L’entendement voltairien agit Ă  la maniĂšre d’un reflet: il «rĂ©flĂ©chit» et donne Ă  voir. La limpiditĂ©, le discernement, la justesse du coup d’Ɠil compensent l’absence de profondeur. Voltaire inaugure le rĂšgne des LumiĂšres en faisant rayonner la clartĂ© sur tout ce qu’il aborde. Newton, Locke deviennent grĂące Ă  lui transparents. Dieu est une Ă©vidence dĂ©montrĂ©e Ă  la raison. La morale, affirme-t-il, «est la mĂȘme chez tous les hommes qui font usage de leur raison. La morale vient donc de Dieu comme la lumiĂšre.» On le voit, si les bornes de l’esprit humain sont Ă©troites, la certitude sur l’essentiel ne fait pas de doute pour celui qui voulait ĂȘtre «douteur et non docteur».

Parler de raisonnements Ă  courte vue, c’est oublier que Voltaire en son temps a contribuĂ© Ă  Ă©largir l’univers de la connaissance avec une obstination infatigable. Il appartient Ă  un Ăąge «critique» dans l’histoire de la pensĂ©e: Bayle, Fontenelle ont ouvert la route, Montesquieu le prĂ©cĂšde de peu dans cette voie. Il s’agit de crever la croĂ»te opaque des phĂ©nomĂšnes pour s’élever Ă  l’intelligibilitĂ© des choses. Autant de percĂ©es, autant de prises de conscience. Si Voltaire admire tant Newton, c’est parce qu’il a rendu comprĂ©hensible le fonctionnement de l’univers: un voile de tĂ©nĂšbres est dĂ©finitivement dĂ©chirĂ©, l’homme connaĂźt les lois de la nature. Quant Ă  Locke, il a Ă©crit «l’histoire de l’ñme», alors que tous ses prĂ©dĂ©cesseurs en avaient Ă©crit le roman. «AprĂšs tant de courses malheureuses, fatiguĂ©, harassĂ©, honteux d’avoir cherchĂ© tant de vĂ©ritĂ©s et d’avoir trouvĂ© tant de chimĂšres, je suis revenu Ă  Locke, comme l’enfant prodigue qui retourne chez son pĂšre.» VoilĂ  comment Voltaire rĂ©sumait, dans Le Philosophe ignorant (1766), son itinĂ©raire intellectuel. Avant de minimiser le rĂ©sultat, qu’on mesure le chemin parcouru !

La philosophie de Voltaire procĂšde d’un gĂ©omĂ©trisme radieux dont il doit, malgrĂ© qu’il en ait, l’essentiel Ă  Leibniz et Ă  Pope. «Tout est bien», dit Pope; «Tout est le mieux possible», dit Leibniz: l’auteur de Candide Ă©tait disposĂ© Ă  leur emboĂźter le pas. Les Ă©preuves l’en empĂȘchent et il corrige: «tout est ce qu’il doit ĂȘtre» (SixiĂšme Discours sur l’homme ). Formule ambiguĂ«. S’il rĂ©pudie «la naĂŻvetĂ© d’un finalisme Ă  courte vue» trĂšs rĂ©pandue vers 1730 (J. Ehrard), Voltaire reste finaliste par conviction profonde: au plus fort du dĂ©sarroi, il ne peut renoncer Ă  la croyance que le monde a un sens et que ce sens n’est pas mauvais. L’énigme du mal demeurera toujours insoluble: le mal interfĂšre sur l’équilibre providentiel de l’univers comme une absurditĂ© inexplicable. «Dieu existe et l’humanitĂ© souffre: la philosophie et les systĂšmes sont impuissants Ă  accorder ces deux certitudes» (Ehrard). Aussi n’y a-t-il pas pour cet esprit pratique de solutions dĂ©finitives aux problĂšmes mĂ©taphysiques. Le propre de l’intelligence, c’est de s’élever du mieux possible Ă  la comprĂ©hension de toute chose. Mais la grandeur de l’intelligence humaine, c’est d’«admettre l’incomprĂ©hensible, quand l’existence de cet incomprĂ©hensible est prouvĂ©e» (Dialogues entre LucrĂšce et Posidonius ).

Le lutteur

Religion et histoire

Voltaire a eu au moins trois passions: la religion, l’histoire et la justice. La premiĂšre a Ă©tĂ© magistralement analysĂ©e par Pomeau qui conclut sa longue enquĂȘte sur ces mots: «La religion de Voltaire fut la rencontre d’un caractĂšre et d’un siĂšcle.» Affrontement intime oĂč se reflĂšte la crise collective du sentiment religieux au XVIIIe siĂšcle. Par quels excĂšs l’Église catholique s’est-elle mise au ban de la conscience europĂ©enne jusqu’à laisser dĂ©clencher la guerre au surnaturel? Quel traumatisme a donnĂ© Ă  Voltaire, comme Ă  tant de ses contemporains, la haine du prĂȘtre homme de sang? «Je ne suis pas chrĂ©tien, mais c’est pour t’aimer mieux», crie le jeune Arouet Ă  Dieu, et l’on prĂ©fĂšre ce cri d’amour au cri de guerre un peu sĂ©nile des derniĂšres annĂ©es: «Écrasons l’infĂąme !» Il a compris qu’il fallait enlever Ă  l’Église l’exercice du pouvoir temporel et le monopole des Ăąmes: lĂ -dessus, l’avenir lui a donnĂ© raison. Mais son dĂ©isme implique un antichristianisme radical puisqu’il nie la divinitĂ© de JĂ©sus-Christ. L’Incarnation, la RĂ©vĂ©lation passent son entendement: elles lui paraissent une atteinte Ă  la majestĂ© de l’Être suprĂȘme. C’est en vertu de son rationalisme farouche que Voltaire rĂ©prouve la folie de la Croix, ce qui ne l’empĂȘche pas de garder au fond du cƓur une nostalgie de l’infini cĂ©leste et de redouter comme un danger pour l’humanitĂ© toute forme d’athĂ©isme ou de matĂ©rialisme.

Dieu sera pour Rousseau une image de lui-mĂȘme. Il est pour Voltaire un pĂšre retrouvĂ© et l’allĂ©geance Ă  l’Éternel est si forte chez lui qu’elle lui laisse toute disponibilitĂ© pour se consacrer Ă  ses frĂšres et jouir des biens terrestres. L’histoire occupe une place d’honneur dans le grand tour de la connaissance auquel se livre cette intelligence assoiffĂ©e de sciences concrĂštes. Elle met l’esprit en contact direct avec le devenir universel. Historiographe par vocation avant de l’ĂȘtre officiellement, Voltaire n’a cessĂ© de tenir la chronique des Ă©vĂ©nements au fur et Ă  mesure qu’ils arrivaient. Sans avoir une «philosophie de l’histoire» Ă  proprement parler (il lui eĂ»t rĂ©pugnĂ© d’y prĂ©tendre), il a considĂ©rablement amĂ©liorĂ© la maniĂšre d’écrire l’histoire, l’arrachant Ă  la lĂ©gende pour la rendre Ă  la vĂ©ritĂ©. Sa mĂ©thode, fondĂ©e sur une information minutieuse et un raisonnement rigoureux, fait date: «Les nouvelles dĂ©couvertes ont fait proscrire les anciens systĂšmes, dit-il. On voudra connaĂźtre le genre humain dans ce dĂ©tail intĂ©ressant qui fait aujourd’hui la base de la philosophie naturelle.» De l’Histoire de Charles XII (1732) Ă  l’Essai sur les mƓurs (1756) , les Ɠuvres spĂ©cifiquement historiques de Voltaire atteignent un volume considĂ©rable. Avec le temps, il avait accumulĂ© un savoir prodigieux qui ne laisse pas d’encombrer ses Ă©crits de la vieillesse. Mais la mĂ©moire et l’érudition ne sont que d’humbles servantes Ă  ses yeux: par l’histoire, Voltaire veut rejoindre l’«esprit» des nations et des Ă©poques et rendre sensibles Ă  tout lecteur de bonne foi les progrĂšs de la raison, cette lente et irrĂ©versible montĂ©e vers la lumiĂšre. Ainsi se rĂ©unissaient deux constantes de son gĂ©nie: l’empirisme et le culte des valeurs.

Politique

Religion et histoire n’auraient pas suffi Ă  Voltaire si elles ne l’avaient dĂ©vouĂ© Ă  son prochain. S’il n’a pas, comme Montesquieu ou Rousseau, une doctrine politique Ă  prĂ©senter et Ă  dĂ©fendre, la politique lui brĂ»le les doigts. Cet arriviste-nĂ© a longtemps espĂ©rĂ© devenir un grand commis de l’État, ambassadeur ou ministre; Ă  plusieurs reprises, il est intervenu dans les affaires du royaume. De Zadig Ă  Candide , il a franchi le seuil de l’inĂ©luctable dĂ©sillusion: aprĂšs avoir tant travaillĂ© pour la cause du despotisme Ă©clairĂ©, le patriarche de Ferney renonce Ă  convertir les princes; il tire sa rĂ©vĂ©rence aux gouverneurs de la terre et se mue en seigneur de village. Il mĂšne, il mĂšnera jusqu’à sa mort Ă  Paris une lutte ardente pour la justice. Le TraitĂ© sur la tolĂ©rance est Ă©crit en marge de l’affaire Calas (1763). Voltaire brode un ouvrage entier autour du Livre des dĂ©lits et des peines de Beccaria (1766). Arracher la jurisprudence Ă  la barbarie, humaniser la loi chaque fois qu’elle est «injuste, inhumaine et pernicieuse», prĂ©venir les dĂ©lits pour ne pas avoir Ă  les punir, renoncer Ă  des pratiques affreuses comme la question, la roue, le bĂ»cher, supprimer la vĂ©nalitĂ© de la magistrature: un tel programme ne vise pas Ă  prĂ©parer la rĂ©volution, il prouve un dĂ©sir de perfectionnement dans un domaine oĂč la dignitĂ© humaine a voix prĂ©pondĂ©rante. «Nous sommes tous Ă©galement hommes, mais non membres Ă©gaux de la sociĂ©tĂ©.» Telle est la rĂ©ponse de Voltaire au Contrat social et Ă  tous les communismes imaginables. Elle dĂ©bouche sur la DĂ©claration des droits de l’homme.

Si Voltaire a tant protestĂ© dans sa vie, c’était moins pour changer le monde que pour lui restituer sa perfection naturelle. VolontĂ© de dĂ©mystification, dĂ©sir d’épuration, tels sont les traits dominants d’une croisade sur laquelle on s’est parfois mĂ©pris. On ne peut sans malentendu assimiler Voltaire aux encyclopĂ©distes. Entre Pascal et Voltaire les dĂ©couvertes de Newton ont mis un fossĂ©: lĂ  oĂč l’un dit «mystĂšre inconcevable», l’autre rĂ©pond «mystĂšre qu’on peut dĂ©limiter; vĂ©ritĂ© concevable grĂące aux lumiĂšres de la science». Un fossĂ© au moins aussi profond sĂ©pare Voltaire de Diderot et Rousseau: ce sont deux conceptions de la philosophie radicalement diffĂ©rentes, lĂ  un thĂ©ocentrisme fixiste, un naturalisme fondĂ© sur la nĂ©cessitĂ©, une Ă©vidence rationnelle, un aristocratisme libĂ©ral et cosmopolite, ici «le point de dĂ©part vers une grande aventure» oĂč l’homme lutte Ă  mains nues avec le destin (J. Fabre), une confiance prĂ©somptueuse dans ses moyens de connaissance, un vitalisme biologique justifiĂ© par le hasard chez Diderot, chez Jean-Jacques un sentimentalisme autocrĂ©ateur, un rationalisme gĂ©nĂ©rateur de libertĂ©, chez les deux «frĂšres ennemis» une inĂ©luctable dĂ©mocratisation de la pensĂ©e et du langage. Il a fallu l’éloignement de Paris pour que l’illustre vieillard se retrouve au coude Ă  coude avec ses cadets dans la lutte idĂ©ologique, ou plutĂŽt pour qu’il donne l’illusion de participer au mĂȘme combat. Le XXe siĂšcle se plaĂźt Ă  situer au milieu du XVIIIe «la cassure des Temps modernes» (Pomeau), justifiant ainsi le mot de Goethe: «Avec Voltaire, c’est un monde qui finit. Avec Rousseau, c’est un monde qui commence.»

Sous la RĂ©volution, les voltairiens sont perdants. On serait mĂȘme tentĂ© de gĂ©nĂ©raliser l’aphorisme et de constater l’échec du voltairianisme en toutes circonstances. Voltaire n’a pas fondĂ© de doctrine capable de lui survivre, mais il s’impose par une universalitĂ© rarement Ă©galĂ©e. Un «collectif» international, lancĂ© par un Anglais, T. Besterman, a mis en chantier la premiĂšre Ă©dition critique intĂ©grale de ses Ɠuvres: entreprise fantastique, Ă  la mesure de l’intĂ©rĂȘt qu’il continue Ă  susciter dans tous les pays du monde. Les approches trop systĂ©matiques ont peu de prise sur lui, mais l’imaginaire voltairien, sa crĂ©ation mythologique, «son art, son lexique, son style restent encore trĂšs insuffisamment explorĂ©s» (Fabre). Les trĂ©fonds de sa «psychologie» sont inĂ©puisables. Qu’importe qu’il n’ait rien inventĂ© s’il a tout discernĂ©? Son gĂ©nie est parodique: il maintient les valeurs acquises pour toujours, Ă©veille l’attention, s’exprime dans un style accessible Ă  tout lecteur, rallie l’assentiment du plus grand nombre, amuse en instruisant, assainit l’esprit. C’est au sortir des cataclysmes, lorsque l’homme retrouve presque intact le trĂ©sor qu’il croyait avoir dĂ©truit, que Voltaire paraĂźt plus jeune que jamais. ProtĂ©e joue et gagne, mĂȘme lorsqu’il se trompe. Le savant Maupertuis avait entrevu les bienfaits de l’acupuncture, la spĂ©cialisation mĂ©dicale, l’hibernation: Voltaire s’esclaffe de ces folies, ridiculise son adversaire, et la postĂ©ritĂ© retient que Voltaire a rossĂ© Maupertuis. Revanche du littĂ©raire sur le scientifique: elle doit rassurer bien des Ăąmes qu’inquiĂštent le dĂ©veloppement des sciences et la dĂ©cadence des lettres. Lorsque le monde dĂ©raisonne, lorsque les littĂ©rateurs jargonnent Ă  qui mieux mieux, lorsque les hommes s’entredĂ©chirent pour des diffĂ©rences d’opinions, lorsque la farce de l’existence menace de tourner Ă  la tragĂ©die par la faute des sots, c’est Ă  Voltaire qu’il faut revenir et Ă  son avertissement: «Tremblez que le jour de la raison n’arrive !» On peut alors ne pas dĂ©sespĂ©rer de l’humanitĂ©.

voltaire [ vɔltɛr ] n. m.
‱ 1876; fauteuil (à la) Voltaire mil. XIXe; de Voltaire
♩ Fauteuil Ă  siĂšge bas, Ă  dossier Ă©levĂ© et lĂ©gĂšrement renversĂ© en arriĂšre, qui date de la Restauration. « Dans son voltaire d'acajou Ă  bandes de tapisserie » (Chardonne).

● voltaire nom masculin (de Voltaire, nom propre) Fauteuil Ă  dossier Ă©levĂ© et renversĂ© en arriĂšre, apparu sous la Restauration. (On dit aussi fauteuil Voltaire.) ● voltaire (homonymes) nom masculin (de Voltaire, nom propre) voltĂšrent forme conjuguĂ©e du verbe volter

Voltaire
(François Marie Arouet, dit) (1694 - 1778) Ă©crivain français. Fils d'un notaire, il fit ses Ă©tudes chez les jĂ©suites, Ă  Paris. Certains de ses vers, qui visaient Philippe d'OrlĂ©ans, le firent embastiller (1717-1718). Sa tragĂ©die OEdipe (1718) et le PoĂšme de la Ligue (1723) lui apportĂšrent le succĂšs, mais une querelle avec un noble le renvoya cinq mois Ă  la Bastille; il s'exila Ă  Londres (1726-1729) et vit dans l'Angleterre le pays de la libertĂ©. De retour en France, il publia des tragĂ©dies inspirĂ©es de Shakespeare (Brutus, 1730; ZaĂŻre, 1732), une Ă©tude historique qui dĂ©nonçait la "folie des conquĂȘtes" (Histoire de Charles XII, 1731), une critique des dogmes du christianisme (Ă©pĂźtre Ă  Uranie, 1733); sa critique de la France (Lettres philosophiques sur l'Angleterre ou Lettres anglaises, 1734) fit scandale et il se rĂ©fugia dans le chĂąteau de la marquise du ChĂątelet, en Lorraine (1734-1749), oĂč il rĂ©digea notam. le conte philosophique Zadig ou la DestinĂ©e (1747). AprĂšs la mort de M me du ChĂątelet (1749), il accepta l'invitation du roi de Prusse, FrĂ©dĂ©ric II, Ă  Potsdam (1750), oĂč, correcteur des vers de son hĂŽte, il Ă©crivit le SiĂšcle de Louis XIV (1752). S'Ă©tant fĂąchĂ© avec le roi, il revint en France (1753), mais non Ă  Paris. Son poĂšme hĂ©roĂŻ-comique la Pucelle (1755) scandalisa les catholiques, son Essai sur les moeurs (1756) dĂ©plut aux protestants, son PoĂšme sur le dĂ©sastre de Lisbonne (1756), rĂ©futation acerbe de l'optimisme de Leibniz, rĂ©vulsa Rousseau. Il acheta en 1759 le domaine de Ferney, oĂč il finit sa vie: Candide ou l'Optimisme (roman philosophique, 1759); TancrĂšde (tragĂ©die, 1760); TraitĂ© sur la tolĂ©rance (1763); Jeannot et Colin (satire des parvenus, 1764); Dictionnaire philosophique (prem. Ă©d., 1764); l'IngĂ©nu (conte satirique, 1767), etc. Ses combats en faveur de la libertĂ© individuelle (il dĂ©fendit des victimes de l'intolĂ©rance religieuse et de l'arbitraire royal) lui acquirent la bourgeoisie libĂ©rale: lorsqu'il vint Ă  Paris assister Ă  la reprĂ©sentation de sa piĂšce IrĂšne (1778), la ville lui rĂ©serva un triomphe. Acad. fr. (1746).

⇒VOLTAIRE, subst. masc.
MOBILIER. Fauteuil en vogue à la Restauration, caractérisé par un siÚge large et par un haut dossier légÚrement incliné et incurvé. Gaga était allongée au fond de l'unique fauteuil, un voltaire de velours rouge (ZOLA, Nana, 1880, p. 1477). Dans l'un des deux voltaires (...), M. Godeau méditait (JOUHANDEAU, M. Godeau, 1926, p. 68).
— En appos., inv. Deux fauteuils voltaire et quatre chaises (HUYSMANS, En route, t. 2, 1895, p. 19). Un vĂ©ritable fauteuil voltaire, aux pattes moulurĂ©es et au dos incurvĂ© comme pour mouler le corps (...), trĂŽnait prĂšs du poĂȘle (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 106).
Prononc.:[]. Étymol. et Hist. 1837 fauteuil Ă  la voltaire (Le Constitutionnel, 19 nov., in STENDHAL, MĂ©m. d'un touriste, I, p. 292 ds QUEM. DDL t. 30); 1844 s'asseoir sur son voltaire (D. DE GIRARDIN, Le Vicomte de Launay, IV, p. 139, ibid.). Empl. comme nom commun du nom de Voltaire, Ă©crivain fr. [1694-1778]. FrĂ©q. abs. littĂ©r.:21. Bbg. MIGL. Nome propr. 1968 [1927] p. 185, 307. — QUEM. DDL t. 30.

voltaire [vɔltɛʀ] n. m.
ÉTYM. 1876, in P. Larousse; ellipse de fauteuil (à la) Voltaire, mil. XIXe; du nom de Voltaire.
❖
♩ Fauteuil Ă  siĂšge bas, Ă  dossier Ă©levĂ© et lĂ©gĂšrement renversĂ© en arriĂšre, qui date de la Restauration. || Un voltaire. — Aussi en appos. || Fauteuil Voltaire ou fauteuil voltaire.
0 L'hiver, elle se tenait là, dans son voltaire d'acajou à bandes de tapisserie, lisait des gazettes, travaillait à des broderies (
)
J. Chardonne, les Destinées sentimentales, p. 43.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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